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Contenir ou accompagner ? Regard éthique, soignant et certifiant sur la contention en gériatrie

27 janvier 2026
Contenir ou accompagner ? Regard éthique, soignant et certifiant sur la contention en gériatrie

Entre sécurité et respect de la personne

Entre étymologie, histoire et enjeux contemporains : la contention à l’épreuve du regard gériatrique

Le terme « contention » tire son origine du latin contentio, qui signifie « tension, effort, lutte ». Dans son sens ancien, le mot renvoyait autant à l’idée de résistance qu’à celle de conflit. Appliqué au champ médical, puis au domaine du soin, il a fini par désigner des pratiques physiques ou mécaniques visant à empêcher un mouvement jugé dangereux, que ce soit pour la personne elle-même ou pour autrui (HAS).

Pendant longtemps, la contention a été perçue comme un outil de protection, un moyen sécuritaire pour gérer l’agitation, la confusion, ou prévenir les chutes. On l’associait fréquemment aux contextes psychiatriques ou aux soins de fin de vie, sans que sa mise en œuvre ne soit véritablement interrogée. Son utilisation était souvent empirique, peu remise en cause, parfois banalisée.

Du soin au droit : le contexte actuel de la contention

Mais les regards ont changé. Aujourd’hui, la contention est devenue un acte de soin à haut potentiel éthique, un indicateur des dérives possibles d’un système de soins sous tension. Elle interroge notre conception de la liberté, de la dignité, de l’autonomie et de la place du corps dans le soin. Elle oblige à penser le rapport au risque autrement qu’à travers la seule prévention. Les définitions se sont donc affinées au fil du temps.

Selon les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS), la contention se définit désormais comme :

« Tout moyen, mécanique ou médicamenteux, visant à limiter ou empêcher les capacités de mobilisation d’une personne, en réponse à un comportement jugé problématique ou à un risque identifié, notamment de chute ou de danger pour autrui ».

Cette définition englobe la contention mécanique (ceintures, barrières de lit, fauteuils coque, etc.) mais aussi, de façon plus subtile, la contention chimique, à travers l’usage non justifié de sédatifs ou d’antipsychotiques (le fameux SI BESOIN). Le cadre conceptuel s’est donc élargi, rejoignant une réflexion plus globale sur la liberté d’aller et venir et la qualité du consentement et de l’assentiment.

Pourtant, malgré cette évolution, le cadre juridique de la contention reste encore flou, surtout dans le secteur médicosocial. En EHPAD, aucun texte législatif ne l’interdit explicitement, mais aucun ne l’autorise formellement non plus[1]. Ce vide normatif laisse la place à des interprétations variées, et parfois à des pratiques disparates d’un établissement à l’autre. Le seul véritable socle reste celui des recommandations de bonnes pratiques professionnelles de la HAS[2], qui insistent sur la recherche systématique d’alternatives et la traçabilité rigoureuse des décisions.

Dans le contexte spécifique de la gériatrie, la question de la contention prend une dimension d’autant plus sensible que la population concernée cumule plusieurs vulnérabilités : troubles cognitifs, altération de la communication, fragilité physique, et dépendance. Elle vient ainsi percuter de plein fouet les valeurs fondamentales du soin : le respect de la personne, l’individualisation de la prise en charge, et la non-malfaisance.

Cette réflexion devient d’autant plus incontournable à l’heure où la certification des établissements V2025 interroge directement la pertinence des pratiques, la qualité de la coordination interprofessionnelle, et la traçabilité des décisions qui engagent la sécurité et les droits des patients.

Dans ce contexte, il devient essentiel de revisiter la pratique de la contention à l’aune des connaissances actuelles, des exigences éthiques, et des responsabilités professionnelles. Quels en sont les motifs fréquents ? Quels bénéfices peut-on espérer en attendre, et à quels risques s’expose-t-on ? Quelles sont les véritables alternatives ? Et comment mieux accompagner les équipes dans cette évolution des pratiques ?

Pourquoi contiendrait-on encore ? Analyse des motifs de contention

Dans les établissements accueillant des personnes âgées, les motifs de contention sont généralement justifiés par la volonté de prévenir deux types de risques majeurs :

La prévention des chutes

Dans les services gériatriques, la chute représente l’un des événements les plus redoutés. Souvent perçue comme un facteur déclencheur de perte d’autonomie, elle suscite à juste titre des inquiétudes importantes, tant du côté des soignants que des familles. Face à la récurrence de ces événements, l’usage de la contention est parfois envisagé comme une solution de prévention. Pourtant, cette réponse immédiate (bien que rassurante en apparence) soulève des enjeux éthiques, cliniques et humains fondamentaux.

Chutes : évaluer pour mieux prévenir

Chez la personne âgée, la chute n’est jamais anodine. Elle est souvent la conséquence multifactorielle d’une fragilité accrue : troubles de l’équilibre, sarcopénie, altération de la vision, hypotension orthostatique, iatrogénie médicamenteuse, ou encore environnement inadapté. La méthodologie de prise en charge repose d’abord sur une évaluation rigoureuse du risque. Des outils validés comme le test de l’appui unipodal, le Get Up and Go ou la grille de Tinetti permettent d’objectiver la situation fonctionnelle du patient.

Plutôt que de recourir à des moyens de contention qui aggravent la perte d’autonomie[3] et le risque de chute en lui-même (plus élevée après la mise en place de la contention physique (Arbesman et al. 1999) la réponse doit être multidimensionnelle : adaptation de l’environnement (lit bas, éclairage, barres d’appui), renforcement musculaire par la rééducation, révision des traitements, surveillance posturale. La prévention passe aussi par une meilleure organisation des soins et une vigilance accrue dans les moments à risque, comme les transferts ou les déplacements nocturnes[4].

Exemple : Un résident chute la nuit. Plutôt que de l’attacher, l’équipe analyse la situation : hypotension, prise de benzodiazépines, absence de veilleuse. Après adaptation (sevrage progressif, ajout d’un éclairage doux, lit bas), les chutes diminuent sans recours à la contention (Retour d’expérience EHPAD de Nantes, 2024).

Troubles du comportement : comprendre avant de contenir

Les troubles du comportement (agitation, déambulation, agressivité) constituent une autre situation dans laquelle le recours à la contention peut être envisagé, souvent dans un contexte d’épuisement ou d’incompréhension. Mais là encore, une démarche d’analyse s’impose : quelle est l’origine du comportement ? Est-ce une douleur non exprimée ? Un inconfort ? Une confusion liée à un changement d’environnement ? Une angoisse face à une situation incomprise ?

La réponse thérapeutique ne peut être purement mécanique. Il s’agit de mobiliser l’équipe pluridisciplinaire pour conduire une évaluation comportementale fine, en croisant les regards infirmiers, médicaux, psychologiques et paramédicaux. À partir de là, des stratégies alternatives peuvent émerger : réassurance verbale, présence humaine renforcée, adaptation du rythme de vie, recours aux approches non médicamenteuses comme la stimulation sensorielle, la musicothérapie ou le toucher massage.

Une dynamique collective de réflexion

Dans les deux cas, chutes comme troubles du comportement, le recours à la contention doit devenir l’ultime recours, encadré par une prescription médicale justifiée et réévaluée toutes les 24 heures. Il s’agit non seulement d’une exigence réglementaire (selon les recommandations HAS : Critères 1 à 10), mais d’un choix de soins ancrés dans une éthique du respect de la personne. La mise en place de réunions cliniques interdisciplinaires permet d’analyser les situations à risque et de penser des plans de soins personnalisés, limitant les mesures restrictives tout en assurant la sécurité du résident.

Dans la perspective de la certification V2025, cette approche répond aux exigences de qualité, d’individualisation des parcours et de bientraitance attendue. Le moindre recours à la contention devient alors un marqueur de maturité soignante, traduisant une capacité de l’équipe à anticiper, comprendre et accompagner avec humanité les vulnérabilités du vieillissement.

Évaluer plutôt que réagir : la balance bénéfice/risque

L’analyse bénéfice/risque : entre protection et liberté, un équilibre subtil à construire

L’un des fondements de toute décision concernant la contention repose sur une exigence de rigueur éthique et clinique : l’analyse du rapport bénéfice/risque. C’est là que se joue une grande partie de la responsabilité professionnelle, notamment pour les infirmiers et pour les infirmières[5], en première ligne du soin au quotidien. Cette évaluation n’est jamais théorique. Elle s’ancre dans le réel d’une situation, dans la complexité d’un comportement, dans la fluctuation de l’état de santé d’un patient, dans la dynamique relationnelle d’une équipe.

Faut-il placer la contention pour éviter une chute ? Ou risquer la chute pour préserver la liberté de mouvement ? Faut-il contraindre pour apaiser un comportement agité, ou chercher à en comprendre la cause ? Derrière ces questions, se cache un dilemme profondément humain, que l’on ne peut résoudre qu’en équipe, à partir d’une observation fine, d’un partage d’analyse, et d’un dialogue constant avec le résident et ses proches.

C’est dans ce processus d’analyse que les infirmiers et les infirmières jouent un rôle charnière. Interfaces précieuses entre l’aide-soignant, qui observe les gestes du quotidien, et le médecin, qui intervient ponctuellement dans le suivi clinique, ils sont souvent les coordonnateurs silencieux d’une réflexion pluridisciplinaire. Ils recueillent les signaux faibles, transmettent les observations, recadrent les inquiétudes, traduisent les comportements en hypothèses cliniques. Leur regard transversal leur permet de faire le lien entre les pratiques, les ressentis, les données médicales et le vécu du résident.

Ce sont eux qui alertent sur une dérive possible, qui questionnent une prescription, qui proposent des alternatives. Ce sont encore eux qui organisent des temps de régulation, qui accompagnent les équipes dans la lecture d’une situation difficile, qui soutiennent les aides-soignants face à la détresse qu’ils peuvent eux-mêmes ressentir. Leur proximité du terrain, conjuguée à leur autonomie clinique, les place au cœur de la décision de soin.

Mais cette posture ne s’improvise pas. Elle suppose un engagement fort dans l’éthique du soin, une capacité à prendre du recul, à argumenter, à faire preuve de courage professionnel, parfois pour s’opposer à une décision hâtive, parfois pour porter une solution alternative, souvent pour réaffirmer la primauté de la personne sur le symptôme.

Dans l’analyse bénéfice/risque, il ne s’agit pas seulement de cocher des cases. Il s’agit de se poser ensemble la question essentielle : ce geste que nous allons poser, est-il juste ? est-il nécessaire ? est-il temporaire ? Et si la réponse n’est pas évidente, alors il faut continuer à chercher, observer, écouter. Parce que le soin ne se résume pas à des actes techniques, mais à une capacité collective à faire au mieux, au plus juste, au plus humain.

Quelles alternatives à la contention ? L’enjeu de l’innovation soignante

Sortir de la logique de contention implique un changement de paradigme : il ne s’agit plus d’immobiliser pour éviter le risque, mais d’adapter l’environnement et les pratiques pour permettre un accompagnement sécurisé.

Explorer les alternatives : soigner autrement, accompagner au mieux

Face à la tentation du recours à la contention –souvent dictée par la peur, la pression du quotidien ou le sentiment d’impuissance– se dessine aujourd’hui un autre chemin, plus complexe mais infiniment plus respectueux : celui des alternatives non contentives. Elles ne relèvent pas d’un protocole rigide ni d’une recette toute faite. Elles s’inventent au quotidien, au plus près de chaque histoire singulière. Car prendre soin, c’est d’abord comprendre l’autre dans ce qu’il vit, ce qu’il ressent, ce qu’il redoute.

Dans le calme d’un couloir ou l’agitation d’une chambre en pleine nuit, ces alternatives émergent lorsque l’on prend le temps d’observer. Un patient qui déambule sans but apparent ? Et si ce mouvement était une réponse à une douleur non exprimée ? Un besoin de repères familiers ? Ou simplement l’expression d’un corps encore vivant qui refuse d’être enfermé ? À partir de cette lecture plus fine du comportement, l’équipe peut alors imaginer une autre réponse : installer un chemin de déambulation sécurisé, proposer un espace sensoriel rassurant, faire appel à un référent connu pour accompagner les moments d’angoisse.

Ces stratégies sont parfois modestes, mais puissantes dans leur humanité : un objet familier, une berceuse douce, un toucher rassurant, un échange de regard, un repas pris ensemble plutôt qu’isolé, un tapis au sol plutôt qu’un lit contraignant. D’autres fois, elles s’appuient sur des dispositifs innovants : la présence de poupées d’empathie, des interventions de psychomotriciens, des espaces Snoezelen, ou encore une reconnaissance systématique de la douleur par des échelles comportementales adaptées. Toutes partagent une même philosophie : reconnaître la personne dans sa globalité, dans ce qu’elle vit et ressent.

Mais ces alternatives ne peuvent être mises en œuvre sans un engagement fort de l’équipe. Cela suppose du temps, de la formation, une culture commune du soin éthique. Cela suppose aussi de sortir du réflexe de la protection à tout prix pour oser le dialogue avec le risque, dans un cadre sécurisé et concerté. Ce n’est qu’en partageant nos observations, en confrontant nos intuitions, en construisant ensemble des stratégies individualisées que nous pouvons réellement offrir des alternatives à la hauteur de la dignité de nos aînés.

Il ne s’agit pas de nier les situations complexes, ni de faire de la non-contention un absolu inaccessible. Mais bien d’inscrire chaque décision dans une démarche d’argumentation collective, d’analyse clinique, et surtout, d’accompagnement au plus juste de ce que la personne vit. C’est dans cette exigence de nuance, dans cette attention portée à l’invisible, que se joue la véritable bientraitance.

Et parfois, l’alternative la plus puissante réside simplement dans une présence : une main posée, une voix calme, un regard qui dit « je suis là ». Parce que la sécurité d’un être humain ne se résume pas à l’immobilité. Elle naît de la confiance, du lien, du respect. Et cela, aucune contention ne pourra jamais l’apporter.

Quelques pistes concrètes

  • Évaluation gériatrique globale : repérer les facteurs de chute, ajuster les traitements, corriger la dénutrition, réévaluer les troubles sensoriels.
  • Mise en place d’un environnement sécurisé : éclairage adapté, mobilier ergonomique, repères visuels, marquage au sol, limitation des stimuli nocifs.
  • Présence humaine renforcée : surveillance active, binômes d’accompagnement, mise en place de référents.
  • Activités physiques adaptées : maintien de la mobilité, kinésithérapie douce, marche encadrée.
  • Utilisation d’aides techniques : détecteurs de mouvements, matelas de sécurité, fauteuils adaptés non contentifs.
  • Approches non médicamenteuses : musicothérapie, médiation animale, accompagnement sensoriel[6][7].
  • Médiation avec les familles : expliquer, rassurer, intégrer dans la réflexion.

Ces alternatives s’inscrivent dans une dynamique d’amélioration continue des pratiques, au service du respect de la dignité.

Exemple d’innovation : L’EHPAD d’Aÿ a réduit de 80 % le recours à la contention en mettant en place des ateliers d’équilibre, des capteurs de mouvement et des espaces sensoriels (SFGG, 2024).

Former pour transformer : la formation au cœur d’une dynamique collective

Réduire le recours à la contention nécessite bien plus qu’une injonction réglementaire : cela passe par une transformation en profondeur des pratiques professionnelles, portée par la formation continue et une culture partagée du soin éthique. Si l’infirmier et l’infirmière occupent une place centrale dans ce processus, en tant que coordinateurs du quotidien, garants de la traçabilité et relais des recommandations, ils n’agissent pas seuls. C’est bien l’ensemble de l’équipe pluri et interdisciplinaire (soignants, infirmiers, médecins, psychologues, psychomotriciens, ergothérapeutes) qui doit être mobilisé pour penser et construire des réponses adaptées, individualisées, et respectueuses des personnes âgées.

L’infirmier et l’infirmière, par leur proximité avec les équipes et leur regard transversal, jouent un rôle moteur dans la sensibilisation aux bonnes pratiques. Ils peuvent initier ou relayer des actions de formation ciblées sur les risques liés à la contention, les obligations légales, les évaluations cliniques (risques de chute, douleurs, troubles du comportement), et surtout sur les alternatives concrètes, humaines et environnementales. Ils favorisent ainsi une montée en compétence progressive, non seulement par des ateliers ou formations formelles, mais aussi par le partage de savoir-faire au quotidien, dans l’observation et l’accompagnement des situations complexes.

Mais ce changement ne peut s’opérer qu’au sein d’une équipe engagée collectivement. Le regard du médecin sur la pertinence d’une prescription, l’analyse fine du psychologue sur les comportements, l’expertise du psychomotricien sur l’environnement ou les approches sensorielles, sont autant de ressources indispensables pour éviter un recours systématique à la contention. L’accompagnement éthique et bienveillant d’une personne âgée vulnérable ne peut reposer sur une seule profession : il se construit dans l’échange, la co-analyse des situations, et la coordination des interventions.

Mettre en place une dynamique de formation partagée permet non seulement d’harmoniser les pratiques, mais aussi de renforcer le sentiment de cohésion et de compétence dans les équipes. Des temps de retour d’expérience, des comités éthiques, ou la désignation de référents « pratiques non contentives » au sein des services peuvent soutenir cette évolution vers un soin plus juste. Dans cette démarche, la formation devient un levier stratégique, non pas pour imposer un modèle, mais pour co-construire une culture du soin qui allie sécurité, respect et autonomie.

Certification HAS V2025 : la contention, un indicateur de vigilance éthique

La nouvelle version du référentiel de certification (HAS V2025)[8] renforce les exigences autour de la sécurité du patient et du respect de ses droits. La contention y apparaît comme un indicateur critique de qualité.

Cette nouvelle version place la question de la contention au cœur de l’évaluation de la qualité des soins, en exigeant une traçabilité rigoureuse, une justification médicale argumentée, et surtout, une implication active du patient et de ses proches dans la décision. Les critères du référentiel imposent que tout acte contraignant soit encadré, proportionné, évalué collectivement, et replacé dans une démarche d’amélioration continue de la qualité. La structure doit démontrer sa capacité à identifier, analyser et maîtriser les risques liés aux soins, tout en respectant les droits fondamentaux de la personne accueillie.

Dans la pratique, cette exigence se traduit par une évolution des postures professionnelles. Les équipes sont invitées à délaisser le réflexe de la protection à tout prix, pour adopter une démarche d’analyse clinique et éthique : pourquoi ce résident chute-t-il ? Quelles causes médicales, environnementales ou relationnelles pourraient expliquer son agitation ? Comment adapter l’accompagnement sans porter atteinte à sa liberté ? Les réunions cliniques interdisciplinaires, la formation continue, et la participation des familles deviennent des leviers incontournables pour inventer des réponses alternatives, plus respectueuses et personnalisées.

La V2025 valorise ainsi les établissements capables de limiter drastiquement le recours à la contention, en faisant de ce marqueur un indicateur de maturité soignante. Les équipes qui réussissent à anticiper, comprendre et accompagner la vulnérabilité sans recourir à la restriction témoignent d’une culture du soin fondée sur l’écoute, la nuance et la bientraitance. Dans ce nouveau paradigme, la sécurité ne se mesure plus à l’aune de l’immobilité, mais de la confiance, du dialogue et du respect du projet de vie du résident.

En définitive, la contention devient un révélateur : elle interroge la capacité collective à conjuguer protection et liberté, à faire primer la personne sur le symptôme, à choisir l’accompagnement plutôt que la contrainte. La certification V2025, loin d’être une simple procédure administrative, incarne cette exigence de transformation profonde des pratiques, au service d’un soin qui libère, qui respecte, et qui humanise jusqu’au bout du grand âge

Voici quelques éléments-clefs du référentiel en lien direct avec la contention :

  • Critère 2.1-02 : Le patient est informé de ses droits et participe aux décisions qui le concernent.
  • Critère 2.2-08 : Les actes contraignants sont encadrés, proportionnés et évalués.
  • Critère 3.2-04 : Les risques liés aux soins sont identifiés, analysés et maîtrisés.
  • Critère 3.3-01 : La structure déploie une démarche d’amélioration continue de la qualité.

Cela suppose :

  • Une traçabilité précise de la décision de contention : évaluation initiale, prescription médicale motivée, durée prévue, modalités de surveillance, réévaluation systématique toutes les 24h.
  • Une démarche de formation et de sensibilisation des équipes aux bonnes pratiques.
  • L’élaboration de protocoles institutionnels, validés par le comité d’éthique ou la direction[9].
  • Une réflexion collégiale au sein des COPIL ou CVS sur la place de la contention dans les projets de soins individualisés.

Un soin qui libère

Recourir à la contention, c’est poser un acte de contrainte. Ce geste n’est jamais neutre, ni sur le plan physique ni sur le plan symbolique. Il s’inscrit dans un contexte de tensions : manque de temps, de personnel, pressions sécuritaires, peurs multiples. Mais il interroge aussi sur notre capacité à penser un soin émancipateur, respectueux des personnes, même (et surtout) dans leur vulnérabilité.

Réduire la contention ne peut se faire sans un changement de culture, un appui institutionnel, une éthique du quotidien, et la mobilisation de tous les acteurs autour d’un objectif commun : accompagner sans contraindre.

La bientraitance n’est pas un idéal abstrait : c’est une pratique professionnelle concrète, qui se joue dans chaque regard, chaque geste, chaque mot. C’est là que se niche la véritable qualité des soins.

 

Bibliographie

 

[1] Article L1111-4 du Code de la santé publique
[2] HAS (2000) Limiter les risques de la contention physique de la personne âgée
[3] Tinetti et al., JAMA, 2002
[4] HAS (2009), Evaluation et prise en charge des personnes âgées faisant des chutes répétées – Recommandations de bonnes pratiques professionnelles
[5] Articles R.4312-10 et R.4312-15 du Code de la santé publique
[6] Revue Gérontologie et société (CNAV) – Dossiers sur les alternatives non médicamenteuses
[7] Ethique & Santé – Articles sur les approches Snoezelen et les outils non contentifs
[8] Certification HAS – Manuel V2025
[9] Défenseur des droits (2023) Les droits fondamentaux des personnes âgées accueillies en EHPAD, Rapport
Auteur : Khadra Bencharif, Médecin Gériatre, Responsable du domaine Personnes âgées au GRIEPS

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