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24 août 2020

Travail de nuit et en horaires atypiques : prendre soin de soi… comme on prend soin des autres

Travail de nuit et en horaires atypiques : prendre soin de soi… comme on prend soin des autres

Travailler, pour une partie ou pour la totalité de ses horaires, soit le soir (entre 20h00 et minuit), soit la nuit (entre minuit et 05h00), soit le samedi ou le dimanche, relèvent de travail en horaires atypiques. Près de 44% des salariés, soit 10,4 millions de personnes, travaillaient en 2017 au moins une fois par mois à un horaire atypique (Dares, juin 2018). Le secteur social et médicosocial est largement concerné par ces horaires atypiques ayant l’obligation d’assurer la continuité de la vie sociale et la permanence des soins. Ces horaires ne sont pas sans risques pour la santé des personnes qui y sont soumises.

Préserver son capital santé

Dans la littérature, les effets évoqués des horaires de nuit sur la santé sont nombreux. Ils concernent notamment :

  • Les effets avérés : diminution de la qualité et de la quantité de sommeil, somnolence, risque de troubles physiologiques et biochimiques pouvant entraîner l’apparition de diabète de type 2, d’hypertension artérielle, l’augmentation du taux de cholestérol…
  • Les effets probables : performances cognitives amoindries, santé psychique dégradée, obésité et surpoids, diabète, maladies coronariennes, cancer.
  • Les effets possibles : anomalies des lipides sanguins, risque d’accident vasculaire cérébral (AVC).

Par ailleurs, du fait de la différence de rythme du professionnel par rapport aux rythmes sociétaux, le travail posté ou de nuit peut limiter la vie sociale et avoir des répercussions sur la vie familiale (source anses).

La connaissance des effets sur la santé, sur la vigilance et les troubles du caractère dus au travail de nuit et à la dette de sommeil est indispensable aussi bien pour les soignants de nuit que pour leurs collègues de jour. Cela contribue à valoriser les compétences en équipe et la sécurité des personnes prises en charge.

Mieux gérer son rythme de sommeil et son alimentation

Selon l’étude de l’Institut National du Sommeil et de la Vigilance (INSV) menée en 2015, les Français dorment en moyenne 7h05 en semaine et 8h10 le week-end. Si ces chiffres demeurent stables, cette étude a toutefois révélé qu’1/4 des Français se plaignent de manquer de sommeil, notamment les jours de travail, et qu’1/3 déclarent souffrir de troubles du sommeil.

En effet, le sommeil des Français s’avère de mauvaise qualité. 73 % prétendent se réveiller au moins une fois par nuit environ 30 minutes.

Parallèlement, de nombreuses études ont démontré que la fatigue est un enjeu très important en matière de santé et sécurité au travail. Selon l’Institute for Work and Health (IWH), le travail de nuit et le travail en horaires rotatifs sont associés à un risque accru de lésions professionnelles. On le voit, le sommeil est un des éléments importants de la santé des populations et plus particulièrement des soignants et des usagers des établissements de santé.

Le décalage des rythmes biologiques, et le sommeil sur des plages de jour amènent la majorité des soignants de nuit à s’alimenter de façon anarchique sur un plan qualitatif, ne respectant pas le nombre ni l’espacement correct entre les prises alimentaires. Ceci entraîne un certain nombre de troubles : gastralgies, constipation, modification pondérales, le plus souvent dans le sens d’une prise importante de poids.

La prise des repas est un point de repère fondamental. Elle joue aussi un rôle de synchroniseur social et familial.

Bien que la grande majorité des professionnels soient volontaires pour travailler en horaires décalés et y trouvent un certain nombre d’avantages, tant au niveau personnel que professionnel, il est indispensable :

  • qu’ils prennent conscience des risques, pour leur santé, du décalage des rythmes biologiques,
  • qu’ils améliorent ou préservent leur hygiène de vie, tant sur le plan du sommeil et du repos qu’au niveau de l’alimentation,
  • qu’ils apprennent à faire respecter leurs besoins de repos et de sommeil par leur entourage,
  • qu’ils délèguent à leur entourage ou suppriment, certaines tâches,
  • qu’ils sortent à l’extérieur et s’exposent à la lumière diurne au moins une heure par jour,
  • qu’ils mettent en place un temps pour des activités personnelles, détente, créativité, sport...
  • qu’ils envisagent de repasser de jour après quelques années sur un poste de nuit le cas échéant.

Préserver ses compétences professionnelles

Le travail en horaires atypiques nécessite un maintien et une valorisation des compétences professionnelles. De fait, il expose les professionnels à des situations de soins difficiles.

Dans une majorité de situations de soins, il peut ne pas y avoir de médecin sur place. Il incombe donc à l’infirmier de faire preuve d’expertise clinique, d’autonomie tout en agissant sur protocole.

Les besoins spécifiques des patients, déjà présents dans la journée, prennent la nuit une ampleur différente.

Selon une enquête du Ministère de la santé, les besoins du patient la nuit sont : « Fortement axés sur le confort, la sécurité, la relation et la compétence du personnel… les malades revendiquent le droit d’obtenir des informations claires et rapides, de participer en tant qu’individus responsables à leur propre prise en charge... Ces besoins sont révélateurs de l’anxiété des malades dans ce moment particulier qu’est la nuit : ils ont besoin d’être écoutés, informés, de ne pas être seuls ».

Des situations d’accompagnement du patient en fin de vie, de décès suivi de l’annonce et de l’accompagnement des familles demandent aux soignants de pouvoir être disponibles, d’apporter leur soutien et de veiller au confort des patients et de leurs proches, tout en assurant leurs autres tâches dans le service.

58% des français meurent dans un établissement de santé dont 78 % à l’hôpital public. Bien que l’on ait l’impression qu’un grand nombre de décès se produisent la nuit, cela n’est attesté par aucune étude statistique. Il demeure cependant complexe d’accompagner la fin de vie la nuit, d’autant que ce sont souvent les infirmiers qui peuvent l’annoncer aux proches.

Rappeler ces quelques situations de soins, nous montre qu’il est donc indispensable que les équipes de nuit ou en horaires atypiques mobilisent des compétences relationnelles leur permettant de sécuriser les patients, et qu’elles actualisent leurs compétences cliniques et techniques à un niveau identique à celui de leurs collègues de jour.

Nous proposons au travers de formations destinées aux professionnels exerçant la nuit et en horaires atypiques, d’interroger collectivement et individuellement nos pratiques, notre hygiène de vie et de mettre en place des mesures de respect et de prévention alliant qualité de vie au travail et qualité des soins. L’idée étant de mieux se connaître pour rester en santé et pour participer au recouvrement de la santé des personnes soignées. Aujourd’hui, cela doit prendre en compte ces variables importantes que sont le sommeil et le travail en équipe sur 24 heures.

Sources documentaires

Par Nadine ESNAULT et Erik SEFFER

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