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Scarification et Automutilation : comprendre pour mieux accompagner

30 septembre 2026
Scarification et Automutilation : comprendre pour mieux accompagner

Les conduites auto-agressives, et notamment les scarifications, concernent de nombreux professionnels : soignants en psychiatrie, mais aussi éducateurs, assistantes sociales et équipes de la protection de l’enfance. Pour accompagner ces adolescents de manière adaptée, il est nécessaire de comprendre ce que recouvrent ces comportements, d’identifier les mécanismes en jeu et de disposer de repères permettant d’ajuster sa posture et ses interventions. Une formation pour comprendre les conduites de scarification et accompagner les jeunes concernés aide les professionnels à structurer leur approche face à ces situations complexes.

Qu’est-ce que la scarification ?

La scarification désigne une atteinte volontaire à l’intégrité de la peau. Elle s’inscrit dans le champ plus large de l’automutilation, qui regroupe l’ensemble des conduites auto-agressives sans intention suicidaire consciente.

Ces comportements ne relèvent pas d’une logique suicidaire directe. Ils traduisent généralement une tentative de régulation émotionnelle face à une tension psychique difficilement supportable. La scarification peut ainsi constituer, pour la personne, un moyen de reprendre une forme de contrôle sur une souffrance interne qu’elle ne parvient pas à verbaliser.

La scarification chez l’adolescent, en psychiatrie comme dans le champ social, présente des caractéristiques spécifiques. L’adolescence est une période de remaniements psychiques importants, au cours de laquelle le corps peut devenir un support d’expression de la souffrance. Les professionnels doivent donc évaluer ces comportements en tenant compte du contexte développemental, des antécédents, de l’environnement et de la dynamique relationnelle.

Ces situations ne se rencontrent pas seulement en psychiatrie. Elles concernent aussi le champ social et la protection de l’enfance, où éducateurs et assistantes sociales sont fréquemment en première ligne. La thématique se situe à la frontière de ces deux univers, ce qui suppose des repères partagés entre professionnels.

Il convient également de distinguer les conduites auto-agressives isolées de celles qui s’inscrivent dans un tableau clinique plus large, notamment dans certains troubles de la personnalité, comme les troubles de type borderline.

Comment les professionnels doivent-ils réagir face à ces comportements ?

Le GRIEPS a consacré un webinaire gratuit à ce thème, animé par le Docteur Adrien Cascarino et suivi par plus de 1 000 professionnels : voir le replay.

La posture du professionnel face aux conduites auto-agressives constitue un élément déterminant de la qualité de l’accompagnement. Plusieurs repères peuvent guider l’intervention.

Le premier consiste à ne pas réduire le comportement à une recherche d’attention. Cette interprétation, fréquente mais réductrice, peut compromettre la relation et renforcer l’isolement de la personne.

Le professionnel doit ensuite être en mesure de contenir la situation sans la banaliser ni la dramatiser. L’objectif est de signifier à la personne que le comportement est pris en compte, que les soins nécessaires sont réalisés et qu’un espace d’échange reste disponible.

L’observation joue un rôle important : fréquence, localisation, circonstances déclenchantes, intensité et évolution des conduites doivent être transmises à l’équipe. Le partage de ces éléments en réunion d’équipe permet d’affiner l’analyse et d’adapter le projet d’accompagnement.

Enfin, le professionnel confronté à des conduites auto-agressives répétées doit pouvoir bénéficier d’espaces de supervision ou d’analyse des pratiques. Ces situations peuvent générer de l’incompréhension, de l’impuissance ou de la fatigue professionnelle, que le travail en équipe aide à élaborer.

Pour approfondir les compétences attendues dans ces contextes, découvrez notre article consacré aux compétences des infirmiers en psychiatrie.

Quelles approches cliniques pour accompagner ces personnes ?

L’accompagnement des personnes présentant des conduites auto-agressives s’inscrit dans une démarche pluridisciplinaire et individualisée.

L’évaluation initiale doit permettre de situer le comportement dans l’histoire de la personne, d’identifier d’éventuels facteurs de risque associés et d’apprécier le contexte psychopathologique. Le risque suicidaire doit être systématiquement évalué, même lorsque l’automutilation ne semble pas relever d’une intention suicidaire.

Plusieurs approches peuvent être mobilisées en fonction de la situation :

  • Les thérapies cognitivo-comportementales, notamment les approches centrées sur la régulation émotionnelle
  • Les médiations (écriture, art-thérapie, activités corporelles), qui offrent des supports alternatifs d’expression
  • Le travail institutionnel, qui consiste à garantir la cohérence du cadre et des réponses de l’équipe face à ces comportements

La cohérence de l’équipe est un facteur important. Des réponses contradictoires entre professionnels peuvent renforcer le clivage et fragiliser l’alliance avec la personne. Le projet d’accompagnement doit donc être partagé, régulièrement réévalué et ajusté en fonction de son évolution.

Se former avec le GRIEPS sur cette thématique

Le GRIEPS propose une formation pour comprendre les scarifications et adapter nos interventions. Elle permet aux professionnels d’approfondir les mécanismes psychiques en jeu, de travailler leur posture et d’identifier des stratégies pour comprendre, accompagner et aider les jeunes concernés.

Cette formation s’adresse aux professionnels confrontés à ces situations dans leur exercice quotidien : infirmiers, aides-soignants, éducateurs, assistantes sociales et autres intervenants en psychiatrie, en protection de l’enfance ou en établissement médico-social.

Le GRIEPS propose plus largement un ensemble de formations en psychiatrie et santé mentale permettant de consolider les compétences cliniques, relationnelles et d’observation nécessaires à l’accompagnement des personnes présentant une souffrance psychique.

La scarification est-elle toujours liée à un trouble psychiatrique ?

Non. Des conduites auto-agressives peuvent survenir en dehors de tout diagnostic psychiatrique établi, notamment à l’adolescence. Elles peuvent traduire une réponse ponctuelle à une situation de détresse. Cependant, leur répétition, leur intensité ou leur association à d’autres signes justifient une évaluation approfondie afin de déterminer si elles s’inscrivent dans un tableau plus large.

Comment parler de l’automutilation avec un adolescent ou un patient ?

L’entretien doit être conduit dans un cadre contenant, sans jugement ni minimisation. Le professionnel peut aborder le sujet de manière directe, en posant des questions ouvertes sur les circonstances et le vécu de la personne. L’objectif est de lui permettre de mettre des mots sur son expérience, sans imposer d’interprétation. La qualité de la relation et la régularité des échanges favorisent progressivement l’expression verbale de la souffrance.

Auteur : Claire Mouton

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