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11 juin 2020

L’accès aux savoirs chez les infirmiers psychiatriques : une histoire riche d’enseignements

L’accès aux savoirs chez les infirmiers psychiatriques : une histoire riche d’enseignements

Une petite centaine d’heures. Voilà ce qu’il reste aujourd’hui dans le programme de formation initiale de l’enseignement théorique psychiatrique auprès des infirmiers. Un paradoxe remarquable au regard du contexte de la santé mentale sur le territoire. En effet, les troubles psychiques et les pathologies mentales affectent un individu sur cinq en France. Sur le plan épidémiologique ils occupent, en termes de prévalence, la troisième place juste derrière les maladies cardiovasculaires et les cancers. Aujourd’hui, dans le dispositif de soin actuel tourné vers l’ambulatoire, les infirmiers représentent des acteurs majeurs et la pénurie exponentielle de psychiatres majore encore l’importance de leur rôle et de leur fonction. Problème de taille, à contrecourant des besoins croissants de connaissances, depuis la fusion des diplômes « DE » et « ISP » (infirmier de secteur psychiatrique) en 1992, l’accès aux savoirs propres à la spécialité se heurte à des entraves quantitatives et qualitatives. Un retour dans le passé s’avère riche d’enseignements car il témoigne d’un phénomène de récursivité historique inquiétant contre lequel la formation professionnelle constitue un dernier rempart.

Retour vers le passé

L’histoire de la profession d’infirmier psychiatrique nous montre le long chemin emprunté par nos aïeuls pour accéder aux connaissances. Dès l’Antiquité les médecins, les prêtres s’entourent d’auxiliaires. Préparations purgatives, contention physique, service dans les rituels sacrés, ces assistants occupent un statut de domestique sous les directives des « sachants ». Le passage au moyen-âge voit l’émergence du dogme catholique où la folie serait une punition divine, les savoirs hippocratiques disparaissent d’Occident et se réfugient au Moyen-Orient. À Bagdad, Damas, Fez, dans les bîmâristân, des « infirmiers » sont chargés de chanter, narrer, prendre soin des internés. Loin des soins novateurs arabes, en Europe, le sort des fols est peu enviable. Le devoir de charité chrétienne donne naissance, malgré tout, aux premiers « hôpitaux » et les sœurs prennent en charge les « fols » exclus des cités. Les prêtres catholiques, à l’image de Jean Cleudat, vont également s’investir dans l’assistance de ceux que l’on nommera plus tard, les aliénés. Cette tranche d’histoire exprime un premier élément de l’ADN infirmier occidental : un passé ancillaire[1] au service d’une autorité terrestre et/ou divine.

Après l’obscurantisme provoqué par l’inquisition et la chasse aux hérétiques où la folie est traitée sur le bucher, l’Édit Royal de louis XIV (1656) va ordonner le grand renfermement. Mendiants, vagabonds, prostituées, vénériens, tuberculeux et insensés se retrouvent enfermés dans les « hôpitaux généraux » (Bicêtre, la Salpetrière à Paris mais aussi partout en province). Ici née la classe des gardiens. Anciens soldats ou repris de justice, ils sont le plus souvent, illettrés, brutaux, dénués de morale. La vie commune obligatoire et permanente avec les malades et autres exclus de la société, le célibat imposé, le salaire misérable, n’arrangent rien, l’alcool non plus. L’intendance et la gestion de l’espace social constituent leurs fonctions principales. La population du royaume le leur rend bien. Marcel Jaeger[2] écrit que « rarement une profession n’a d’ailleurs été aussi abreuvée d’injures… ». Les termes de « gardes-chiourmes », « torche-cul » font leur apparition. Ils vont perdurer.       

Une pénible ébauche de professionnalisation

À la fin du XIXe siècle, des figures comme le Docteur Bourneville ou Theodore Simon vont tenter de professionnaliser cette classe des gardiens/infirmiers. Ils vont se heurter à la résistance de leurs confrères désireux de conserver un axe de soumission : « …nous considérons l’instruction donnée trop étendue aux infirmières comme une prime à l’exercice illégal de la médecine… […] C’est bien dire qu’il nous paraît un peu trop avancé pour les infirmières destinées à rester privées d’initiative…. ».

De trop rares exceptions comme Jean-Baptiste Pussin, Margueritte Bottard, Sœur Chagny, Théophile Gautier vont réussir à s’émanciper mais, comme une allumette, s’éteindront définitivement sans résonnance majeure ou durable dans leur époque. C’est Florence Nightingale chez les anglo-saxons, Valérie de Gasparin en Suisse et Léonie Chaptal en France qui vont réussir la professionnalisation du corps infirmier. Mais dans l’espace asilaire de l’époque, même si il fut un temps question d’un diplôme commun, la période de l’après-guerre marquera le début d’une scission effective entre le « somatique » et la « psychiatrie ».

Dans cette première moitié du XXe siècle, l’infirmier d’asile peut bénéficier d’une formation spécifique, mais celles-ci restent hétéroclites selon les départements, tant dans leur contenu que dans leur durée et peu soutenues par les directions des institutions. Le niveau d’instruction s’avère très bas et leurs fonctions très éloignées du soin.

L’accès aux savoirs libéré

La révolution de la psychothérapie institutionnelle née à Saint-Alban va pour la première fois valorisée l’importance des infirmiers dans les centres hospitaliers spécialisés. Tosquelles, Balvet, Bonnafe et tout particulièrement Daumézon[3] vont libérer la parole des malades mais aussi celle des soignants. En 1954 des infirmiers participent à des CEMEA[4] organisés par le Dr Daumezon et Le Guillant et l'arrêté du 23 juillet 1955 réglemente le premier diplôme pour les infirmiers des hôpitaux psychiatriques. Il sanctionne une formation de 2 ans. Soulignons ici que ces médecins, défenseurs de la formation infirmière psychiatrique, restent largement minoritaires à cette époque.

L’infirmier psychiatrique obtint sa dénomination par un arrêté, le 12 mai 1969. 1973 puis 1979 sont les années qui vont forger une identité professionnelle, avec, pour la première fois, une émancipation professionnelle inspirée des mouvements sociaux de la période soixantuitarde. L’infirmier pense, propose, collabore, bien aidé par le développement de la psychothérapie institutionnelle. Le programme de formation initiale détaille la psychiatrie sous différents angles et points de vue. 1376 heures sont consacrées à l’étude de la pédopsychiatrie et de la psychiatrie adulte. Les étudiants découvrent les différents courants théoriques, apprennent la clinique avec le langage sémiologique et bénéficient de l’apport de leurs pairs.

1992 : une porte se referme

L’année 1992 va juguler cet élan d’émancipation. Sur décision ministérielle, l’État impose la fusion des diplômes infirmiers : c’est la création du diplôme commun. L’enseignement théorique de la psychiatrie subit une première perte de mille heures (400h dédiées), puis après la réforme de 2009, il ne représente plus que 80 à 100 heures du programme délivré en IFSI. Plusieurs rapports nationaux (Couty, Milion et Laforcade) ont alerté sur l’impact de ces déficits de savoirs dans les praxis IDE avec la nécessité de spécialiser la psychiatrie. Ces demandes, restées lettre morte jusqu’en 2019, ont vu avec l’apparition d’un nouveau statut, celui des Infirmiers de pratiques avancées en psychiatrie, une ébauche de réponse au problème majeur des carences de la formation initiale. Le décret n° 2019-836 du 12 août 2019, avec un an de retard sur les trois autres disciplines, légifère le statut d’IPA en psychiatrie. Cette avancée, majeure pour la profession, ne doit pas occulter les besoins, conséquents, des infirmiers psychiatriques.

La participation du GRIEPS au développement de l’expertise en psychiatrie

Ce retour historique démontre comment il reste complexe de s’affranchir de nos racines ancillaires avec notamment un accès aux savoirs et aux connaissances semé d’embuches. L’enseignement élevé dont les ISP ont bénéficié semble dans cette histoire une parenthèse vite refermée laissant les nouveaux professionnels souvent livrés à eux-mêmes lors de leurs premières années sur le terrain. La formation professionnelle, en attendant nous l’espérons une véritable spécialisation ou spécialité de l’enseignement psychiatrique, constitue un des rares vecteurs existant de transmission des savoirs. 

Le GRIEPS conscient depuis toujours du besoin des professionnels dans le secteur de la santé mentale s’est d’abord activement inscrit dans le projet national de consolidation des savoirs financé en 2005 puis, a soutenu, de nombreuses institutions dans la formation de tuteurs initiée suite au drame de Pau (2004). Même après l’arrêt des financements en 2009, le GRIEPS a poursuivi ses actions de formation avec le développement d’un projet novateur : la création des certificats experts et spécialistes en psychiatrie.

Notre organisme propose aux professionnels de la santé mentale un large panel de formations issues d’un travail de recherche pour répondre au plus près des besoins exprimés par les acteurs de terrain et depuis plusieurs années, des usagers.

Une nouvelle formation pour pousser ses connaissances

Cette année, le domaine recherche et développement de psychiatrie du GRIEPS propose aux institutions ou aux infirmiers qui le souhaitent la possibilité de pousser leurs savoirs dans le champ psychopathologique vers un niveau d’expertise avec le pack « approfondissement en psychopathologie ».

Nous avons rappelé le contexte et l’évolution des rôles et fonctions infirmiers en psychiatrie. Pour Brien (1997) « une compétence est un ensemble de savoirs, de savoir-faire et de savoir-être activés lors de la planification et de l’exécution d’une tâche ». En psychiatrie les connaissances en psychopathologie constituent un volume de savoirs indispensable aux infirmiers dans l’acquisition de compétences. La communication, l’observation, l’écoute, la gestion de l’agressivité sont valorisées chez le professionnel qui possède ce socle de savoirs. Pour les futurs infirmiers de pratiques avancées, les « pionniers » de la première promotion rapportent un niveau d’exigence des contenus et des examens universitaires très élevé auquel la formation initiale ne les a pas préparés. Pour ces futurs étudiants, les apports qui seront transmis dans les différents modules peuvent constituer une solide base de départ et maximiser les chances de réussite au Master 2.

La psychopathologie[5] se situe au cœur de notre spécialité, la psychiatrie. Elle s’intrique dans l’ensemble du champ de compétences et d’actions infirmier. Quelles sont les hypothèses formulées autour de la physiopathologie de la schizophrénie ? Quelles sont les pistes de recherche sur les causes du trouble bipolaire ? Comment définir et situer le trouble borderline ? Le DSM5 est-il une référence fiable ? Qu’est que le RDoC ? Comment identifier les différents troubles anxieux, revoir et préciser la pharmacodynamie dopaminergique des antipsychotiques ? Comment lier sémiologie, raisonnement clinique et aide au diagnostic ?…. Nous avons ces dernières années identifiés vos besoins et vos demandes dans ce thème et nous vous proposons aujourd’hui un pack de formation unique dans les offres nationales existantes pour partager avec vous ces savoirs.

Si vous souhaitez approfondir et étoffer vos connaissances dans ce thème, les formateurs du GRIEPS seront heureux de partager avec vous le fruit de leur travail issu du domaine Recherche et Développement avec, en plus, des outils pédagogiques novateurs et originaux spécialement créés pour faciliter les apports complexes de cette formation.

Une formation que n’aurait pas beaucoup adoubée la plupart des aliénistes du début du XXe siècle !

Retrouvez la présentation du pack « approfondissement en psychopathologie ».

 
[1] Du latin ancillaris, de ancilla (« servante »). Qui a rapport aux servantes
[2] ISP, auteur de « aux origines de la profession des infirmiers psychiatriques », VST, 1996.
[3] Psychiatres à Saint Alban de Limagnolles ils ont tous œuvrés pour la valorisation de la profession infirmière au cœur de la psychothérapie institutionnelle et plus tard dans la politique de secteur.
[4] CEMEA : Centres d'Entraînement aux Méthodes d'Éducation Active
[5] « Etude des troubles mentaux, des maladies mentales, du fonctionnement mental anormal, soit encore de la psychologie des conduites pathologiques. Elle envisage les phénomènes de l’activité psychique morbide du point de vue de leur description, de leur classification, de leurs mécanismes et de leur évolution ».    Robert Samacher

Par Benjamin VILLENEUVE - Formateur-consultant GRIEPS

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